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Le mildiou de la pomme de terre (Phytophthora infestans) constitue depuis toujours la maladie la plus dangereuse pour la pomme de terre dans nos régions.

Depuis son apparition vers 1845 en Europe, le mildiou n'a cessé d'inquiéter les producteurs. Depuis le milieu des années 70, son impact sur la productivité et la qualité des cultures se renforce régulièrement. La maladie se déclare plus hâtivement que par le passé, l'agressivité est plus élevée et les stratégies de lutte mises en place sont régulièrement dépassées par l'ampleur du problème.

Le mildiou peut détruire le feuillage en quelques jours. Il peut contaminer les tubercules et les rendre impropres à la commercialisation : la perte peut être totale et ce très rapidement.

Pour combattre cette redoutable maladie, les agriculteurs sont amenés à y consacrer une part importante de leurs moyens de production, notamment par l'emploi répété de produits phytosanitaires. Les conséquences économiques (coût des produits et de leur application sur les cultures), environnementales (risques de dérive des bouillies fongicides, quantités et risques des produits eux-mêmes), sociales (temps de surveillance et de mise en œuvre des moyens de protection par les agriculteurs) et sociétales (image de l'agriculture écornée par la présence répétée d'engins de pulvérisation dans les champs) sont importantes. Il faut également tenir compte des pertes occasionnées aux cultures par le mildiou malgré cette protection fongicide.

Depuis toujours, on a considéré que les fongicides suffisaient à la lutte contre ce pathogène, cette affirmation ayant montré lors des dernières années certaines limites, notamment lors d'étés plus humides ou de conditions difficiles en début de saison (hiver sans gel, présence de nombreuses repousses dans d'autres cultures, problème des tas d'écart de triage,...). La fréquence d'années avec des pressions très fortes de mildiou est de plus en plus élevée (2007, 2011, 2012, 2014, 2016). L'agressivité toujours plus importante des populations de mildiou couplée à l'utilisation presque généralisée de variétés sensibles provoquent alors des contaminations importantes des cultures malgré un emploi répété et massif de produits de protection phytosanitaire.

Dans ce contexte, les modèles de simulation du développement de la maladie en fonction du climat constituent des outils importants permettant d'ajuster la protection des plantes aux risques avérés et d'accroître ainsi l'efficacité des schémas de protection tout en évitant les traitements inutiles.

En Wallonie, un système d'avertissements unique a été mis en place. Cependant, étant donné le caractère extrêmement dangereux du mildiou pour la qualité et la rentabilité des productions, il convient de rester vigilant et pro actif en améliorant toujours l'efficacité des systèmes, notamment par une meilleure connaissance. L'évolution des populations de mildiou implique ainsi une remise en question régulière des paramètres de référence du modèle employé.

Les agriculteurs sont demandeurs d'avertissements à la parcelle. Cette démarche est certainement très positive. Elle permet de n'envisager la protection d'une parcelle que lorsque c'est absolument nécessaire, en tenant compte de sa situation propre vis-à-vis des risques de mildiou. Les efforts à mener lors des prochaines années devront être orientés dans cette direction. De plus, la prise en compte des différents types de produits phytosanitaires utilisés dans une situation donnée permettrait de mettre en place différents schémas de lutte afin d'en optimiser les résultats.

Les alternarioses (Aiternaria spp.) sont d'autres maladies fongiques importantes de la pomme de terre. Les fongicides anti-mildiou récents sont spécifiques et n'ont donc plus un spectre d'action aussi large sur d'autres maladies cryptogamiques. Des efforts sont et devront être consentis également pour élargir les avertissements aux alternarioses dont le cycle semble mal connu et qui provoquent de plus en plus souvent des dégâts à la végétation et donc au rendement et à la teneur en matière sèche des tubercules.

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Les partenaires du projet

o    Le C.A.R.A.H. asbl rédige et diffuse les messages d'alerte contre le mildiou depuis 1987 en Hainaut et depuis 2010 en Wallonie. Il encadre les producteurs de pommes de terre depuis de nombreuses années et développe des recherches appliquées sur le plan variétal, les techniques de production et de protection des cultures sur base desquelles il apporte des conseils avisés à la profession. Il a acquis l'expérience en diffusion de messages en fonction de la sensibilité variétale. L'imbrication des autres services du C.A.R.A.H. (analyses de sol, de la qualité technologique des aliments, détermination de nématodes, de virologie, de maladies cryptogamiques...) permet une approche globale de la culture de pommes de terre sur l'exploitation.

o    Le CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques)

L'Unité Amélioration des espères et Biodiversité du CRA-W (Unité 2) est responsable du laboratoire d'identification et de caractérisation des souches de mildiou. Elle possède par ailleurs une longue expérience dans la pomme de terre puisqu'elle développe plusieurs programmes et services sur ce thème: efficacité de substances actives sur le mildiou, virologies de la pomme de terre, micropropagation in vitro de la pomme de terre, sélection variétale, étude des caractères d'utilisation de la pomme de terre,... Le CRA-W a en outre diffusé des avertissements contre le mildiou jusqu'à la fusion des deux systèmes.

L'Unité Systèmes agraires, Territoire et Technologies de l'Information (Unité 11) : Suite à l'intégration du réseau Pameseb, cette unité gère un réseau automatisé d'une quarantaine de stations météorologiques réparties sur l'ensemble de la Région wallonne. Les données météorologiques servent entres autres à alimenter les systèmes d'aide à la décision pour le suivi du mildiou et le suivi de la septoriose du froment.

Objectifs spécifiques

Le maintien du service d'avertissements unique en Wallonie incluant la mise à disposition de données météorologiques, les prescriptions de messages d'alerte et le maintien d'un pôle d'identification et de caractérisation du mildiou

Le réseau d'avertissements progressivement mis en place en Wallonie rassemble les compétences des partenaires dans un service unique d'avertissements contre le mildiou de la pomme de terre. L'objectif premier de ce projet est d'assurer le maintien de ce service aux producteurs.

Pour rédiger et diffuser les messages d'alerte, le C.A.R.A.H. utilise les données météorologiques captées et validées par l'unité 11 du CRA-W. L'intégration des prévisions météorologiques à court terme permettrait d'affiner l'outil d'aide à la décision. L'évolution du modèle et de son interprétation compte sur le fruit du travail permanent de l'unité 2 du CRA-W du point de vue de la caractérisation des souches et particulièrement de leur agressivité.  

Les deux acteurs travaillent de concert comme partenaires d'un même projet, à savoir un meilleur contrôle du mildiou dans nos campagnes.

L'avertissement à la parcelle contre le mildiou de la pomme de terre : analyse de faisabilité en Wallonie en vue d'une application opérationnelle ultérieure.

Diffuser des messages d'alerte en temps réel, c'est-à-dire avec une grande rapidité de réaction des partenaires à la suite des observations météorologiques et de terrain, est déjà en soi une démarche audacieuse. Les messages sont rédigés en fonction des observations sous-régionales à l'échelle d'une station ou plus souvent d'un groupe de stations météorologiques ayant rencontré des conditions assez similaires de température, d'humidité et de précipitations sur un terroir où sont cultivées des pommes de terre selon des phytotechnies comparables. Les observations en sites et en parcelles de référence servent à étayer les données météorologiques en vue de leur interprétation en messages clairs et circonstanciés.

Certains agriculteurs attendent davantage : ils souhaitent recevoir une prescription adaptée à leur propre parcelle. Cela signifie que les observations de terrain doivent alors être ciblées spécifiquement à ces parcelles particulières. Comme il est financièrement inimaginable de disposer de techniciens en suffisance, un des moyens identifiés est de former les agriculteurs eux-mêmes à observer et coter les différents paramètres conformément aux protocoles utilisés actuellement dans le réseau d'avertissements. Lors des périodes successives de projet, les agriculteurs intéressés (formation de « groupes pilotes ») recevront ce type de formation pratique, et l'évaluation de ces formations servira à l'élaboration ultérieure d'un projet à plus large échelle.

Ces formations permettront également de cerner les attentes de la profession afin de développer un système efficace, rapide et facile d'utilisation pour les agriculteurs.

L'élargissement des activités de recherche et développement : vers un meilleur contrôle des alternarioses.

Le mildiou n'est pas la seule préoccupation des producteurs de pomme de terre. Depuis plusieurs années, des taches atypiques qui peuvent être à l'origine de pertes de rendement se développent en milieu de saison sur le feuillage des pommes de terre. Ces taches sont souvent attribuées à des symptômes dus à des attaques d'alternariose. Cette problématique a très vite été considérée comme importante et des traitements systématiques sont généralement appliqués préventivement.

A l'inverse du mildiou, l'épidémiologie des alternarioses est encore mal connue. Il est donc important dès à présent de faire le point sur cette maladie en Wallonie de manière à engranger suffisamment de connaissances afin d'être en mesure de proposer dans une phase ultérieure une application opérationnelle du suivi et contrôle des alternarioses. Les actions déjà mises en place lors du projet précédent ont confirmé la complexité du problème ainsi que le manque de données en la matière. Il est maintenant clair que les modèles existants et testés par le C.A.R.A.H. durant ces dernières années ne donnent pas pleinement satisfaction comparativement aux observations menées en parallèle sur le terrain. L'objectif est donc d'affiner les paramètres pour qu'ils « collent » aux observations de terrain. La tâche est rendue moins aisée par le fait que certaines années étant peu propices à l'apparition des symptômes, à l'instar de l'année 2013 et 2014, il est plus difficile de collecter ou d'obtenir des résultats satisfaisants.

 

Pour toute information:

Olivier Mahieu - 068/26.46.32 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Adrien Degavre - 068/26.46.32 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.